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Etude 4 : Plaire aux personnes dénutries

Des galettes au beurre pour plaire aux personnes dénutries. De nombreux médicaments perturbent le goût.

C'est une cause d'anorexie chez les personnes polymédiquées, qui apprécient les produits naturels et les arômes "nature".

Résumé

Etude clinique

Les perturbations de l'odorat et du goût provoquées par les médicaments augmentent le risque d’anorexie et de dénutrition chez les malades chroniques et les personnes âgées.

Ce risque est particulièrement important avec les médicaments psychotropes qui provoquent des sécheresses buccales. La prise de nombreux médicaments, ou la prise de médicaments au moment des repas est aussi un facteur d'anorexie.

 

Une étude réalisée auprès de 120 malades hospitalisés montre que les patients polymédiqués préfèrent souvent les arômes "nature". Le plaisir de croquer et de mastiquer un aliment solide permet de stimuler le sens tactile, en alternative à la diminution de l'odorat du goût.

 

 

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Prêcheur I, Brocker P, Schneider SM, Barthélémi C, Bertoglio J, Philip JL, Solere JP, Manckoundia P, Van Wymelbeke V, Amar P, Darque-Ceretti E, Pesci-Bardon C.
Un complément nutritionnel oral solide pour renforcer l’apport protéino-énergétique quel que soit l’état dentaire.
Cahiers de Nutrition et Diététique 2014, 49:130-138.
(Etude 2)


Médicaments et perception du goût : étude exploratoire auprès de 120 malades hospitalisés

De nombreux médicaments sont susceptibles d’interférer avec le goût. Le risque augmente avec le nombre de médicaments pris, mais les mécanismes impliqués n’ont pas clairement été identifiés, sauf pour les chimiothérapies anticancéreuses et pour les psychotropes qui provoquent une sécheresse buccale. La prise de nombreux médicaments au moment des repas est aussi un facteur d'anorexie.

Une étude observationnelle a été réalisée auprès de 120 malades, avec pour objectifs de déterminer d’une part les médicaments qui ont le plus d’impact sur le goût, et d’autre part les arômes préférés des personnes qui prennent beaucoup de médicaments.

Les 79 paramètres retenus ont été à la fois cliniques (14), pharmacologiques (23) et gustatifs (42).

Les données cliniques ont été recueillies lors d’une consultation avec les personnes volontaires pour participer à l’enquête et à partir du dossier médical du patient : âge, sexe, taille, poids, doléance d’anorexie, sérologie positive pour le virus du sida ou hépatite virale, tabac, alcool, antécédents de toxicomanie. Egalement : sensation de bouche sèche, candidose orale, douleurs dentaires, édentation, port de prothèses dentaires, difficultés pour s’alimenter…

Les médicaments prescrits ont été relevés à partir du dossier médical des patients en dénomination commune internationale (DCI), et regroupés par classes pharmacologiques. Ils ont également été regroupés en fonction de leurs effets indésirables connus sur le goût : sécheresse buccale, altération du biofilm oral, goût métallique, modification du goût ou glossite, nausées et vomissements.

Les paramètres alimentaires relevés ont porté sur les habitudes et les préférences alimentaires, centrés sur la fonction gustative et à l’exclusion des paramètres nutritionnels. L’analyse statistique des données, monovariée, a porté sur la comparaison des pourcentages et des moyennes (Chi 2) et réalisée avec le logiciel EpiInfo.

 Au total, 120 personnes ont été incluses dans l’étude :

  • Groupe « jeunes » - 60 personnes hospitalisées dans les services de maladies infectieuses, psychiatrie et intersecteur toxicomanie : 40 hommes (67%) et 20 femmes (33%), âge moyen 44 ans.
  • Groupe « personnes âgées » - 60 personnes hospitalisées en gériatrie : 16 hommes (27%) et 44 femmes (73%), âge moyen 85 ans.

 Cette étude a montré que l’impact des médicaments sur le goût relevait essentiellement de trois mécanismes :

  1. La sécheresse buccale d’origine médicamenteuse.

  2. L’action directe possible de certains principes actifs et excipients sur les bourgeons du goût, lors de leur passage en bouche.

  3. L’action possible des principes actifs psychotropes sur le codage cérébral de l’information gustative.

 Les médicaments responsables de sécheresse buccale sont surtout les médicaments dits « atropiniques », les médicaments psychotropes (en particulier les neuroleptiques) et les bains de bouche antiseptiques, qui altèrent le biofilm oral qui retient l’eau pour assurer l’hydratation de la bouche. Il existe également un risque de sécheresse buccale dès que l’on prend 4 principes actifs par jour, ou plus.

De nombreux médicaments peuvent agir directement sur les récepteurs du goût : les médicaments polaires (sels sodiques ou autres), acides (type aspirine), amers (type alcaloïdes), et les médicaments porteurs de noyaux aromatiques (nombreux neuroleptiques par exemple). Cela concerne aussi les excipients. Tous ces médicaments donnés en début ou en cours de repas peuvent induire une perte d’appétit ou des refus alimentaires.

L’action centrale possible des psychotropes concerne particulièrement les opioïdes et les benzodiazépines, qui provoquent une augmentation de l’appétence pour le sucré (miel, confiture, boissons sucrées …) aux dépens du salé (viande, poisson, fromage). L’augmentation d’appétence pour le sucré peut se faire sans diminution de l’indice de masse corporelle (IMC), ce qui peut masquer une dénutrition protéique précoce. Ces malades polymédiqués présentent souvent des risques de dénutrition ultérieure : infections virales chroniques, grand âge, désocialisation, problèmes financiers …

 Concernant les habitudes et les préférences alimentaires, il y a beaucoup plus de différences entres les jeunes et les personnes âgées, qu’entre les hommes et les femmes :

- Les personnes âgées ont le souvenir du goût, et continuent par éducation et habitude à avoir une alimentation traditionnelle avec des arômes naturels et variés (salades, légumes, fromages, fruits : nombreuses variétés consommées). Pour le pain, les biscuits, le thé et les yaourts, ils privilégient cependant les arômes « nature ». Le poids des traditions, de l’éducation alimentaire, des souvenirs contribuent à la pérennité d’une alimentation en petite quantité, mais équilibrée, dans la population âgée.

- Un déséquilibre alimentaire est surtout rencontré chez les plus jeunes. Il semble lié à leurs difficultés sociales. En effet, il s’agit d’une population majoritairement composée de malades souffrant du sida, d’hépatite C, de troubles psychiatriques ou de dépendance (tabac, alcool, drogues illicites) ou sous traitement de substitution (méthadone, buprénorphine). Il existe globalement deux tendances dans cette population : les malades qui apprécient le naturel (aliments bio, herbes fraîches, tisanes, confitures maison…), essentiellement des femmes, et, beaucoup plus nombreux, les malades qui accordent peu d’importance à leur alimentation et choisissent les préparations industrielles avec des arômes artificiels.

 Conclusion

Les perturbations de l'odorat et du goût provoquées par les médicaments augmentent le risque d’anorexie et de dénutrition chez les malades chroniques et les personnes âgées. Le plaisir de croquer et de mastiquer un aliment solide permet de stimuler le sens tactile, en alternative à la diminution de l'odorat du goût.

 

Articles

Lamure J, Brocker P, Schneider SM, Collomp T, Bertin-Hugault F, Denormandie P, Prêcheur I.
The taste of ten drugs frequently prescribed in nursing homes crushed in food: observational study with 16 healthy volunteers.
Journal of Nursing Home Research 2015,1:55-61.


Références

  • La Revue Prescrire. Troubles du goût d’origine médicamenteuse. De très nombreux médicaments ont été impliqués. Mars 2008, 293 :191-194.